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En train vers l’Oural

A la sortie de Iaroslav, le transsibérien franchit la Volga, le plus grand fleuve d'Europe, avec 3 700 km, alors que le soleil décline déjà. Première nuit sans sommeil dans le train !

Dans les petites gares la nuit, règne toujours une animation fébrile. Les arrêts sont parfois assez longs comme à Danilov ou à Charia. A la station de Kirov Pass il est 1 heure 45, du matin, heure de Moscou, mais il faut avancer sa montre puisque nous franchissons le premier fuseau horaire du parcours.

Après 1 200 kilomètres, Balezino, 17 minutes d’arrêt. Il est 10 heures, heure locale. Changement de région ferroviaire, changement de locomotive et de conducteurs, c’est normal. Sur le quai une foule de petits marchands se presse auprès des passagers.

Mais on n’a pas envie de descendre du train, on n'est pas bien réveillé, d’ailleurs on n’a pas dormi du tout !

Le "Rossia” file dans la grande plaine russe, le paysage est plat, sauf quelques ondulations insignifiantes. Les villages défilent comme à la parade devant notre fenêtre. Dans le compartiment voisin, un jeune officier va rejoindre sa garnison à Vladivostok, avec sa femme et leur fils. Un voyage gratuit pour les militaires et leur famille, une fois par an.

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Nous arrivons à Perm, quinze minutes d'arrêt, deuxième changement de locomotive, de conducteurs et de fuseau horaire.

Il est 12 heures 30, heure de Moscou, 14 heures 30, heure locale, mais attention, l’heure affichée à la pendule de la gare n’est pas l'heure locale, c'est l’heure de Moscou.

On commence à perdre la notion du temps !

Perm est une grande ville ancienne, plus de 120 000 habitants, célèbre pour son opéra, étendue au bord de la rivière Kama, un des affluents de la Volga.

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Les bouleaux font place aux sapins

Imperceptiblement le paysage change. Il devient plus verdoyant, les bouleaux font place aux sapins et la plaine commence à onduler sérieusement. Nous sommes dans les tout premiers contreforts de l’Oural, la frontière mythique entre l’Europe et l’Asie.

D’un point de vue géologique. L’Oural est bien une chaîne de montagnes continues, du nord au sud. Sur plus de 2 500 kilomètres, caprice de la nature qui contraste sérieusement avec l’uniformité des plaines de la Russie d'Europe et de la Sibérie.

D'un point de vue géographique, la “Zemnoï Poyas”, c’est à dire la "Ceinture du Monde", n'a pas d'unité. Elle se divise en plusieurs fragments interrompus par de profondes brèches de faible altitude, avec comme point culminant le mont Narodnaïa à 1 894 mètres.

L'Oural central perd même l'aspect d’une montagne : ce n’est qu’une suite de collines s’élevant à 200 ou 300 mètres au-dessus des régions voisines.

Aux alentours d'Ekaterinbourg un simple seuil relie les deux versants de l’Oural. La ceinture du monde n’a donc rien d'un obstacle infranchissable, pourtant elle restera longtemps une frontière mythique.

Depuis l’antiquité on décrit la terre de “Sibir" avec des récits terrifiants. Hérodote parle d’hommes qui ont des sabots de chèvres à la place de pieds, avec parfois en plus des têtes de chiens. D’autres plus terribles encore n’ont pas de tête, mais les yeux et la bouche au milieu de la poitrine !

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L’aventure des marchands au-delà de l’Oural

Les premiers à tenter des expéditions au-delà de l’Oural, furent les marchands de Novgorod, dès le XI siècle. Ils partaient chercher des fourrures dans ces régions, et payaient un lourd tribut à l'occupant Mongol. Les expéditions pouvaient durer dix ou douze mois. Une véritable aventure qui se soldera par quelques réussites mais surtout par de multiples échecs coûteux et retentissants !

Au XII siècle Novgorod abandonnera ses expéditions de commerce vers la Sibérie.

C’est sous le règne d’Ivan IV le Terrible, que l'Oural et la Sibérie, vont s'ouvrir à la Russie. Pendant l’été 1552, le tsar se met en campagne contre Kazan, le fief de l’occupant mongol, avec une armée forte de 150 000 hommes. Le 2 octobre, après un siège de plus d’un mois, Kazan tombe et le khanat est liquidé.

La prise historique de Kazan va ouvrir l’intégration du bassin de la Volga moyenne à la Russie et donner accès à l’immense territoire de l’Oural qui devient un des atouts majeurs du pays.

C'est aussi une des plus belles régions de Russie, avec des lacs par milliers, cachés dans ses immenses forêts de conifères, et une bonne centaine de stations climatiques et thermales. Un territoire où il fait bon vivre, et qui ressemble, en plus vaste, aux Vosges ou au Massif Central.

Les “usines-forteresses”

Au début du XVIIIème siècle, par la volonté du tsar Pierre-le-Grand, l’Oural va connaître une phase de colonisation et d’industrialisation intense.

Des forges, puis des industries métallurgiques plus importantes vont naître partout au bord des rivières et à proximité des différents gisements en exploitation.

Autour de ces “usines-forteresses’’ comme on disait à l’époque, vont se fixer les travailleurs qui arrivent de toute la Russie, attirés par la promesse d'un travail et par quelques avantages, comme l’acheminement gratuit de la famille et l’attribution d’un lopin de terre.

Ainsi vont naître des cités ouvrières, embryons des bourgades et des villes de la région !

Totalement fermée aux étrangers et repliée sur elle-même, l’Oural connaîtra pourtant un développement gigantesque à l'époque soviétique. Il faut réaliser les fameux plans, dans les domaines civils et surtout militaires. Pendant et après la seconde guerre mondiale, un grand nombre d’industries furent déplacées ou installées dans l’Oural, pour être loin du front actuel ou futur...

H2 Oural : Une région de camps

Mais la main d’œuvre manque, et l'administration des camps, le Goulag, fait des prouesses. Les travaux forcés deviennent une véritable institution, et sont indissociables de la réalisation des plans.

Des millions de “Zeks”, dans de véritables conditions d’esclavages, travailleront ici jusqu’à la mort.

Contrairement à bien des idées reçues, les camps les plus nombreux n’étaient pas en Sibérie mais dans les régions industrialisées de l’URSS, c'est à dire les régions de Moscou, de Saint-Pétersbourg et de l’Oural !

Dans les années soixante-dix, lors des fouilles géologiques préalables aux travaux de construction de barrages ou de routes, il était très fréquent de “tomber” sur des charniers de plusieurs milliers de corps ! A cette époque on refermait les fouilles sans chercher d’explications.

Désormais en cas de pareilles découvertes le mouvement russe "Mémorial", sorte de mouvement des Droits de l’Homme en Russie, fait un travail d’identification systématique des corps retrouvés.

Près d'Ékatérinbourg, lors de la construction de l’autoroute de Moscou, une dizaine de charniers seront mis à jour.

En 1995, on élèvera sur l'endroit le premier ossuaire du Goulag où 100 000 noms resteront gravés dans le granit de l'Oural. C’est ce qu’on peut observer quand on voyage en Russie.

Pour que personne n’oublie, et pour alléger le fardeau de la mémoire.

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