Déménager en Russie en 2026 : un parcours devenu bien plus complexe. Si vous envisagez de vous installer définitivement en Fédération de Russie, sachez que les règles du jeu ont radicalement changé ces dernières années. Entre le contexte géopolitique tendu, les nouvelles exigences militaires pour les hommes et l'introduction du « visa idéologique », immigrer en Russie n'a plus rien à voir avec ce que c'était il y a quelques années.
Ce guide complet vous explique les nouvelles procédures, les décrets présidentiels récents et la réalité concrète de l'immigration russe en 2026. Avant de faire vos valises, lisez attentivement ce qui suit.
En raison du conflit en Ukraine et des sanctions internationales, la situation migratoire en Russie évolue rapidement. Les informations de cet article sont à jour en janvier 2026, mais nous vous recommandons de vérifier les dernières dispositions auprès des autorités consulaires russes et du Ministère des Affaires Étrangères.
? Le décret n°821 : service militaire obligatoire pour obtenir la résidence permanente
C'est le changement le plus radical et le plus controversé de ces dernières années. Le 5 novembre 2025, Vladimir Poutine a signé le décret présidentiel n°821, qui modifie fondamentalement les conditions d'obtention de la résidence permanente et de la citoyenneté russe pour les hommes étrangers.
Ce que dit le décret n°821
Désormais, pour obtenir un permis de résidence permanente (VNJ) ou la citoyenneté russe, les hommes âgés de 18 à 65 ans doivent fournir l'un des documents suivants :
- Un contrat de service militaire d'au moins un an dans les Forces armées russes
- Un contrat de service au Ministère des Situations d'Urgence (MChS)
- Un certificat d'inaptitude au service militaire délivré par un bureau de recrutement russe
Pour les demandes de citoyenneté, les candidats doivent soit prouver leur inaptitude au service, soit démontrer qu'ils ont servi dans l'armée russe ou le MChS et ont été libérés avant le 24 février 2022 (date du début de l'invasion de l'Ukraine).
? Qui est concerné par le décret n°821 ?
| Catégorie | Concerné ? |
|---|---|
| Hommes 18-65 ans (résidence longue durée / famille) | OUI |
| Femmes (tous âges) | NON |
| Spécialistes hautement qualifiés | NON |
| Étudiants (résidence basée sur les études) | NON |
| Citoyens du Bélarus | NON |
| Citoyens du Kazakhstan et Moldavie | Partiellement (citoyenneté uniquement) |
| Citoyens ukrainiens | Règles spécifiques |
Les conséquences concrètes
Ce décret, qui n'a fait l'objet d'aucune publicité dans les médias russes, place les migrants dans une situation impossible : signer un contrat militaire (et potentiellement être envoyé au front en Ukraine) ou renoncer à leur projet d'installation en Russie.
Selon les analystes, ce décret répond à deux objectifs :
- Augmenter les effectifs militaires en recrutant parmi les migrants qui ont peu de moyens de défendre leurs droits
- Décourager l'immigration de long terme – les migrants devront venir uniquement comme « ressource de main-d'œuvre » temporaire
Le décret indique que ces mesures sont « temporaires » mais ne précise aucune date de fin. Des citoyens naturalisés ont déjà été convoqués dans des bureaux de migration et menacés de perdre leur statut s'ils refusent de s'engager dans l'armée.
? Le « visa des valeurs partagées » (décret n°702)
En parallèle des restrictions pour les hommes, la Russie a créé une nouvelle voie d'immigration pour attirer un certain profil d'étrangers : le « Shared Values Visa » ou visa des valeurs partagées.
Qu'est-ce que le visa idéologique ?
Le décret présidentiel n°702, signé par Poutine le 19 août 2024 et entré en vigueur le 1er septembre 2024, crée un permis de résidence temporaire (RVP) pour les étrangers qui :
- Rejettent ce que la Russie qualifie d'« idéologie néolibérale destructrice »
- Partagent les « valeurs spirituelles et morales traditionnelles russes »
- S'opposent aux politiques de leur pays d'origine considérées comme contraires à ces valeurs
Les pays éligibles
Le visa est réservé aux citoyens de 47 pays considérés par la Russie comme promouvant des « attitudes idéologiques destructrices », notamment :
- Tous les pays de l'Union européenne (dont la France, la Belgique)
- États-Unis, Canada, Royaume-Uni
- Australie, Nouvelle-Zélande
- Japon, Corée du Sud
- La Suisse, la Norvège, etc.
Comment ça fonctionne ?
? Procédure du visa des valeurs partagées
- Rédiger une déclaration écrite expliquant votre rejet de l'idéologie « néolibérale » de votre pays et votre adhésion aux valeurs traditionnelles russes
- Soumettre la demande à l'ambassade ou au consulat russe de votre pays
- Obtenir un visa d'entrée unique de 90 jours maximum
- Entrer en Russie et déposer une demande de permis de résidence temporaire (RVP)
- Le RVP est valable 3 ans, renouvelable en permis de résidence permanente
Les avantages de ce visa
- Pas d'examen de langue russe, d'histoire ou de législation
- Pas de quota (contrairement aux 10 595 permis annuels standard)
- Pas besoin de liens familiaux ou de travail en Russie
- Droit de vivre et travailler dans la région choisie
- Voie vers la citoyenneté après 5 ans
Les statistiques (mai 2025)
Depuis son lancement en septembre 2024, le programme a reçu plus de 1 150 demandes. Les principaux demandeurs viennent des États-Unis, d'Allemagne, de France et d'Italie. Le profil type : des personnes opposées aux politiques « woke », aux questions de genre, et cherchant un mode de vie plus « traditionnel ».
Les voies classiques d'immigration (toujours en vigueur)
Le programme de réinstallation des compatriotes
Ce programme reste actif pour les personnes ayant des racines russes ou ayant eu la nationalité russe/soviétique. Il offre :
- Allégements douaniers pour le déménagement familial
- Allocations forfaitaires selon la région (120 000 à 240 000 roubles)
- Accès aux services médicaux et à l'éducation
- Aide à la recherche d'emploi
- Permis de séjour sans quota
Documents nécessaires :
- Passeport valide
- Justificatif de résidence actuelle
- Carnet de travail
- Certificats de diplômes
- Preuves des liens avec la Russie
Régions prioritaires pour la réinstallation
Les allocations sont plus élevées dans les régions suivantes :
- Transbaïkalie
- Bouriatie
- Kamtchatka
- Sakhaline
- Primorié
- Région de l'Amour
- Région de Khabarovsk
- Région d'Irkoutsk et Magadan
Immigration depuis les pays de la CEI
Les citoyens du Bélarus, Kirghizistan et Kazakhstan bénéficient de procédures simplifiées pour l'obtention du permis de séjour, à condition :
- D'être né en Russie ou d'avoir des parents russes
- D'obtenir un cachet de départ pour résidence permanente
- De fournir un certificat de départ
→ Lire aussi : Étudier en Russie – guide pour les étudiants étrangers
La procédure standard : RVP → VNJ → Citoyenneté
Pour la plupart des étrangers, le parcours reste le suivant :
? Les étapes vers la citoyenneté russe
| Étape | Durée | Conditions |
|---|---|---|
| 1. Visa / entrée légale | Variable | Selon nationalité |
| 2. RVP (Permis temporaire) | 3 ans max | Quota ou exemption, examen langue/histoire |
| 3. VNJ (Permis permanent) | 5 ans renouvelable | Après 1 an de RVP + contrat militaire pour hommes (décret 821) |
| 4. Citoyenneté | Après 5 ans de VNJ | Examen, serment + obligations militaires |
La réalité de l'immigration en Russie : témoignages
Au-delà des textes de loi, la réalité administrative russe reste marquée par une bureaucratie pesante. Voici ce que rapportent les immigrants :
Les files d'attente interminables
Dans les bureaux de migration, il faut souvent s'inscrire des semaines à l'avance pour un rendez-vous. Les files commencent tôt le matin, parfois dès 5h, pour espérer être reçu. Seulement 200 personnes par jour sont admises dans certains centres.
Les documents jamais complets
Chaque inspecteur peut avoir des exigences différentes. Un dossier accepté par l'un sera refusé par l'autre. Les traductions notariées de documents déjà en russe sont parfois exigées. Le processus peut prendre 3 ans ou plus au lieu des délais officiels.
L'attitude des fonctionnaires
De nombreux témoignages évoquent une attitude indifférente voire hostile des agents de migration. L'expression russe « Venez le chercher ! » résume bien l'ambiance.
Si vous envisagez sérieusement de vous installer en Russie, prévoyez un budget conséquent pour les traductions, les déplacements multiples aux bureaux de migration, et surtout... beaucoup de patience. Un avocat spécialisé en immigration peut vous faire gagner un temps précieux.
Perspectives : ce qui pourrait changer
La politique migratoire russe évolue constamment. Plusieurs éléments sont à surveiller :
- Révocation de la citoyenneté – Un projet de loi prévoit le retrait de la nationalité en cas de refus de s'enregistrer militairement
- Objectifs démographiques – La Russie prévoit d'accueillir 5 à 10 millions de personnes d'ici 2030 pour compenser son déclin démographique
- Simplification annoncée – Le décret présidentiel sur la politique migratoire 2025 promet des règles « plus simples et plus claires », mais les faits contredisent ces annonces
Conclusion : faut-il déménager en Russie en 2026 ?
La réponse dépend fortement de votre profil :
- Pour les femmes et les spécialistes qualifiés : le processus reste envisageable, bien que bureaucratique
- Pour les hommes de 18-65 ans : le décret n°821 rend l'immigration extrêmement risquée en raison de l'obligation de service militaire
- Pour les personnes partageant les « valeurs traditionnelles » : le visa idéologique offre une voie simplifiée, mais attention aux implications à long terme
Dans tous les cas, nous vous recommandons de bien peser les avantages et les risques, de consulter les autorités consulaires et de vous faire accompagner par des professionnels de l'immigration avant de prendre une décision aussi importante.
Pour découvrir la culture russe et peut-être rencontrer une femme russe sans nécessairement déménager, d'autres options existent, comme les voyages organisés ou les agences de rencontre sérieuses.